lundi 28 mai

Ce matin, le ciel est dégagé à Pontorson. Une semaine d’ateliers au Centre hospitalier de l’Etran se prépare, nous avons réparti les oreillers dans l’espace où nous les menons.

Un chemin d’oreillers à suivre nous mène vers un cercle où nous nous demandons comment a été notre nuit. En résumé, on compte dans les groupes : des « couche tôt-lève-tôt », des « couche tard-lève tôt », des mini-insomnies, des cauchemars, des nuits en pointillés, des « ouins-ouins », des nuits noires, et beaucoup, c’est assez rare, de bonnes nuits.

Une centaine d’oreillers parsème le sol. En guise de réveil, nous nous couchons, au signe du violoncelle de Catherine, sur notre oreiller qui, pour l’occasion devient un mini-lit, pour une mini-sieste d’urgence, réalisée au sol, ou contre un mur, sur l’accoudoir d’une chaise. Les corps tendus se relâchent et se dynamisent. De plus en plus vite, au rythme du tempo.

Nous visitons l’exposition des images de la Dormeuse, micro-voyages dans l’univers de celle qui ne dort que le jour. Nous imaginons le chemin qui l’a amenée jusqu’au bord de la falaise, sur le parking du magasin, dans la plage de galets. Nous écrivons ce que nous inspire ce lieu pour y poser son lit. Voici les itinéraires de la Dormeuse.

C.

J’ai décidé de quitter ma chambre parce qu’il est l’heure de se lever.

J’ai transporté mon lit en roulant parce qu’il est lourd.

En chemin, j’ai vu la mer.

J’ai entendu la mer.

J’ai rencontré un nageur.

Maintenant, je suis arrivée à destination, c’est calme.

Je suis dans mon lit et je rêve.

H.

J’ai décidé de quitter ma chambre parce que la chaleur m’insupportait.

J’ai transporté mon lit avec vigueur.

En chemin, j’ai vu la neige tomber.

J’ai entendu la douceur de la neige tombée.

J’ai rencontré un désert blanc bordé d’un arbre.

Maintenant, je suis arrivée là où il semblait que c’était le bon moment.

Je suis dans mon lit et je m’endors avec calme.

L.

J’ai décidé de quitter ma chambre parce que je rêvais que je voyageais dans le vide.

J’ai transporté mon lit parce que j’en avais assez de le voir dans cette pièce.

En chemin, j’ai vu un tunnel qui m’a ouvert ses portes.

J’ai entendu des sifflements, du vent qui me faisait de l’air.

J’ai rencontré le jour et le Christ qui m’a dit de prier près du Saint-Michel.

Maintenant, je suis arrivée au bout du chemin, j’ai vu une petite flamme qui m’a dit « Viens dormir ».

Je suis dans mon lit, je dors maintenant, je suis très émue de mon rêve.

J.P.

J’ai décidé de quitter ma chambre parce que je n’avais pas d’argent pour payer ma chambre.

J’ai rêvé de faire voler mon lit sur un arbre.

En chemin, j’ai vu un arbre qui m’attirait parce qu’il était joli.

J’ai entendu un bruit dans la chambre parce j’étais obligé de dormir dehors.

J’ai rencontré personne le soir.

Maintenant, je suis arrivé par hasard.

Je suis dans mon lit, dans mon rêve, un jour, j’aurai une chambre à moi.

M.

J’ai décidé de quitter ma chambre parce que mon voisin faisait trop de bruit.

J’ai transporté mon lit dans un endroit de rêve où je peux voir et parler à mon père adoptif qui est décédé.

En chemin, j’ai vu des dauphins dans le lac qui tournaient autour de mon lit.

J’ai entendu mon père qui me disait « je t’aime » et qui m’encourageait pour tous les efforts que je fais.

J’ai rencontré un enfant malade que j’ai guéri avec mes dons.

Maintenant, je suis arrivée en Australie parce que c’est un endroit de rêve où je préfère la chaleur.

Je suis dans mon lit, entrain de dormir dans un avion pour aller à Sydney.

A.
J’ai décidé de quitter ma chambre parce que j’ai envie, besoin de me vider la tête, de trouver un endroit tranquille et serein.

J’ai transporté mon lit parce que j’aimerais garder cette chaleur et la douceur de mon oreiller qui me rassure, je le tiens entre mes mains.

En chemin, j’ai vu des gens, j’ai revécu des histoires de ma vie, j’ai fait le tri et je les ai laissées partir.

J’ai entendu, écouté le silence, un peu angoissant au début, puis je me suis détendue, j’ai respiré profondément, j’ai laissé mon corps se détendre, jusqu’en oublier la peur, et faire place au vide, à l’imagination.

Je suis seule.

Maintenant, je suis arrivée, marche après marche, j’atteins la sérénité, je suis calme.

Je suis dans mon lit, je peux me laisser partir, vers un sommeil sans peurs, ni angoisses, ni souvenirs.

Y.

J’ai décidé de quitter ma chambre car je n’arrive pas à dormir.

J’ai transporté mon lit au fin fond des montagnes.

En chemin, j’ai vu des animaux, des oiseaux.

J’ai entendu des oiseaux chanter, les pas des animaux.

J’ai rencontré le vide, le vertige m’est apparu de ce gîte improbable.

Maintenant, je suis arrivé, je repose mon lit si bien que mal au bord du vide.

Je suis dans mon lit, apaisé du vide, prêt à plonger dans mon sommeil, écoutant les oiseaux chanter.

H.

J’ai décidé de quitter ma chambre parce que j’en voulais une autre pour ma nouvelle sieste.

J’ai transporté mon lit à l’aide de mon beau bateau.

En chemin, je n’ai vu personne.

J’ai entendu Dame Nature et parfois le vent qui siffle dans mes oreilles.

J’ai rencontré un groupe de randonneurs.

Maintenant, je suis arrivé dans ce décor si magnifique, si près des nuages.

Je suis dans mon lit entrain de flotter sur le lac.

F.

J’ai décidé de quitter ma chambre parce que je voulais tomber de mon lit, m’évader à la montagne.

J’ai transporté mon lit à la montagne pour prendre de la distance.

En chemin, j’ai vu personne.

J’ai entendu des oiseaux, des moutons.

Maintenant, je suis arrivé tout en haut, à 2800 m d’altitude pour plus de liberté.

Je suis dans mon lit depuis une semaine et je dors très bien après tant d’efforts et de réflexion.

Un peu plus près de nous, nous nous imaginons ce que pourrait écrire le photographe à la Dormeuse.

F.

Chère A., je suis couché dans le lit qui se trouve au milieu des polders. Le ciel est bleu et c’est nuageux. Je ne vois personne à l’horizon, endormi dans un sommeil profond, je rêve que je fais de la relaxation. Tout est bien qui finit bien.

A.

Cher F., tu as l’air détendu dans ce lit, entouré par ce doux tapis de verdure. Tu as pris le trajet du sommeil, quelle bonne idée ! Tu n’as pas fini de dormir, il te reste un petit bout de chemin avant de te réveiller, c’est un peu sinueux, tu feras sans doute quelques rêves… Si dans ton repos, tu entrouvres un peu les yeux, ne t’inquiète pas, un agréable ciel bleu t’attend, avec juste ce qu’il faut de nuages pour replonger doucement dans le monde des rêves et de l’imagination. Jusqu’au bout du chemin.

C.

Cher O, tu es couché, bien au chaud avec comme fond, le Mont. Tu as l’air de bien dormir. Le vent se lève, les nuages arrivent. Une personne va passer à côté de toi, mais ne t’occupe pas, elle ne fait que passer. Et toi, ouvre les yeux une seconde, que vois-tu ?

H.

Chère P., je suis dans mon lit. Autour de moi, la baie et ses multiples couleurs. Quel calme ! Juste quelques mouettes dans le ciel bien gris aujourd’hui ; aussi un groupe de personnes faisant la traversée de la baie. C’est dans cette atmosphère si paisible que je m’endors, laissant bientôt la marée venir à moi.

H.

Chère P., Tu te sens bien dans cet environnement au milieu de nulle part. Ton lit au beau milieu de cette baie avec seul le vent pour compagnie.

Pendant ce temps, Vincent le photographe, s’immerge dans les matières des paysages.

Demain, ce sera à chacun de nous de faire une sieste dans le lit, placé dans le vrai paysage, cette fois, du Mont Saint Michel.

 

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